Denis MUZERELLE (Paris)
- Martin d'Irlande et sa "classe de grec":
la genèse codicologique du 'Pseudo-Cyrille' de Laon (ms. 444).
Le manuscrit 444 de la Bibliothèque municipale de Laon, datable
de 862-875, est un témoin célèbre et important de l'hellénisme
insulaire au IXe siècle. Il se compose, pour l'essentiel, du glossaire
gréco-latin dérivé de celui du « Pseudo-Cyrille »,
auquel est adjoint un appendice terminal rassemblant diverses pièces de
lexicographie, de grammaire et de versification grecques. Il présente par
ailleurs trois caractéristiques exceptionnelles : une « souscription »
en grec, considérée comme autographe de Martin d'Irlande, écolâtre
de Laon (+ 875) ; une dédicace en notes tironiennes à
(ou de ?) un certain « H. » ; des signatures en
vieil-irlandais qui ne correspondent pas à la succession naturelle des
cahiers, et qu'on a jugées « stupidement » recopiées
du modèle. Perpétuellement cité dans l'abondante littérature
relative à l'activité des Irlandais et à la connaissance
du grec au IXe siècle, il a donné lieu à de multiples interprétations,
souvent contradictoires.
Un examen attentif de la structure du volume et des écritures qui s'y succèdent permet d'établir que les mentions en irlandais n'ont rien d'aberrant, mais reflètent la façon dont la transcription s'est déroulée. Il apparaît que le travail a été partagé entre un scribe principal et ses assistants, à partir d'un « exemplar » dépecé ; la façon dont leurs mains se relaient autorise plusieurs conclusions intéressantes relatives aux circonstances dans lesquelles le travail a été accompli.