Vladimir I. MAZHUGA, Sankt-Peterburg Les figurations des évangélistes sont une source de renseignements de première importance sur les scribes du haut Moyen Age. Outre qu'elles représentent près de trois quarts des images d'écrivains ou de scribes recensées pour cette époque, elles sont de nature à permettre de différencier, de la manière la plus sûre, les éléments issus d'une observation directe du travail des scribes de ceux qui proviennent d'emprunts aux modèles antérieurs ou qui correspondent à des schémas purement conventionnels. Deux motifs prédominent dans les images exécutées dans le cadre de l'École palatine de Charlemagne : celui de la présentation du livre des Évangiles, d'une part, et d'autre part celui de la réalisation de ce dernier. Les prédécesseurs des artistes carolingiens avaient traité ces motifs comme deux actions bien distinctes. Or ce sont les artistes de l'École palatine qui ont fait des instruments d'écriture un attribut vraiment constant des évangélistes. Leur interprétation de la figure des évangélistes se caractérise également par la tendance à rendre de la manière la plus directe l'idée de la réalisation du livre, c'est-à-dire en représentant l'évangéliste en train d'écrire. Ce sont eux aussi qui ont réuni dans une et même action la présentation du livre et l'acte d'écrire.

Dans les images de l'époque carolingienne, le pupitre, qui dans les modèles antérieurs servait seulement de lutrin, acquiert la fonction de meuble à écrire. Dans la réalité, on écrivait habituellement sur une planche ou sur un agencement de deux planches qu'on posait sur les genoux. Au Xe siècle, on a commencé à placer ce type de planche sur les bras d'un siège.