Hartmut ATSMA et Jean VEZIN, Paris Jusqu'en 1790, le chartrier de l'abbaye de Cluny était certainement l'un des plus riches, sinon le plus riche, dépôt de documents originaux du monde latin. Il contenait quelque 2500 actes, rédigés sous les cinq premiers abbés (910-1049), qui ont malheureusement presque tous disparus dans la tourmente révolutionnaire. Malgré l'immensité des pertes, la Bibliothèque nationale est parvenue, grâce surtout à l'action décisive de Léopold Delisle, à en sauver 269, soit un dixième.

Un dépouillement du Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, publié par A. Bernard et A. Bruel, a permis de relever plusieurs séries d'actes à la fin desquels un nom de personne, apparemment un moine, est suivi de la mention scripsi et subscripsi ou d'une mention comparable. Un nombre significatif de ces actes est conservé et l'on aurait pu penser que les actes censés écrits par le même personnage présentaient effectivement la même écriture. Il en va apparemment ainsi dans quelques cas ; mais dans d'autres, les choses sont différentes. On rencontre un même souscripteur dans des actes visiblement copiés par des scribes différents. Bien mieux, dans trois actes transcrits par la même main, on trouve deux noms de souscripteurs différents.

En préparant l'édition des plus anciens documents originaux de l'abbaye de Cluny dans la collection des Monumenta palaeographica Medii aevi, nous avons été conduits à nous demander quelle est la véritable signification des verbes scribere et subscribere dans un certain nombre de documents clunisiens.