Jesús ALTURO i PERUCHO, Barcelona Ce n'est un secret pour personne : la société médiévale était essentiellement analphabète et le nombre de personnes qui savaient lire était minoritaire, nombre toutefois supérieur à celui des personnes qui savaient également écrire. A l'époque du haut Moyen Age, cette minorité était par définition masculine et presque exclusivement ecclésiastique. C'était la situation courante en Europe et, bien entendu, en Catalogne. Les notes des codex et les eschatocolles des documents catalans ne laissent pas de place au doute. Du reste, dans l'abondante documentation originale conservée dans notre pays, l'analyse des signatures démontre que la quasi-totalité des ecclésiastiques savait signer de façon autographe, ce qui se produisait dans une proportion bien inférieure parmi les signataires qui ne spécifient pas leur condition de clercs. Mais pour autant ces derniers étaient-ils tous laïques? Absolument pas. Les exemples d'ecclésiastiques qui apposaient leur signature autographe en tant que témoins ou comme copistes sans laisser de témoignage de leur condition cléricale sont nombreux. Nous ne pouvons donc être certains de leur état laïque que lorsqu'ils l'indiquent expressément. Les laïques déclarés qui mettent par écrit des documents ou qui les légalisent en y apposant leur signature autographe n'apparaissent pas en Catalogne avant l'an mil, ce qui ne veut, bien sûr, pas dire qu'il n'en existait pas d'alphabétisés ; mais il s'agirait là sans doute d'une minorité insignifiante.

Les moines des monastères, les chanoines des collégiales et des cathédrales et même les curés des paroisses rurales allaient copier, avec plus ou moins d'adresse, avec plus ou moins de moyens, des livres et des documents. De là vient que l'aspect le plus caractéristique du statut des scribes catalans du haut Moyen Age consiste dans leur condition ecclésiastique et masculine. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de femmes alphabétisées. On connaît des cas d'abbesses qui savaient écrire et de religieuses qui savaient au moins lire, mais leur participation directe dans la culture écrite semble bien restreinte, même s'il est légitime de supposer, mais seulement supposer, que certaines d'entre elles étaient capables de copier des codex dans les monastères féminins; savoir lire devait sans doute leur suffire. D'autre part, nous ne connaissons le nom que d'une seule femme, Alba de Vic, fille de grammairiens italiens, qui écrivit un document au XIe siècle.

De fait, lire et écrire était nécessaire aux prêtres et aux juges, ceux-ci étant pour la plupart, et presque exclusivement, également ecclésiastiques. Mais lire et écrire manquait d'utilité pour les autres professions.